L’EUROPE ET LA PAIX : UNE REVOLUTION DOULOUREUSE

L’EUROPE ET LA PAIX : UNE REVOLUTION DOULOUREUSE

 

Nous commémorons le 75e anniversaire du Débarquement. Je suis né peu avant. J’appartiens ainsi à la première génération de Français qui n’a connu que la liberté et que la paix. Une période extraordinairement longue, même à l’échelle historique.

En réalité se superposent deux niveaux de paix.

En Europe même, c’est la paix des cœurs. Non pas seulement l’absence de guerre. Non pas ce que l’Institut australien de la Paix appelle la « paix positive ». Mieux, beaucoup mieux : la réconciliation entre nos peuples. En une vie d’homme, ma génération d’Européens a été libérée d’un fléau qui paraissait jusque-là inhérent à la condition humaine, comme le mal est l’autre face de la médaille du bien. Nous étions condamnés à la guerre récurrente, nous sommes assurés de la paix perpétuelle. Le changement est si complet que la jeune génération ne peut même plus concevoir que la guerre ait été possible : c’était ailleurs, sur une autre planète, dans une préhistoire absurde et honteuse. La modernité nous en protège à jamais.. Dans cette réconciliation, qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde, la patiente, l’imprévisible, l’imaginative, l’audacieuse, la révolutionnaire construction d’une Europe politique a joué un rôle-clef.

Mais, au-delà de l’Europe, c’est le monde entier qui est aussi en paix. Certes, nous sommes abreuvés d’images de combats et de violences, mais elles relèvent essentiellement de guerres civiles et elles n’opposent pas les grandes puissances du moment. C’est aussi un fait rare, mais pas tout-à-fait exceptionnel, que les grandes puissances aient choisi, pour un temps finalement long, de profiter des avantages de la paix plutôt que de lutter pour l’hégémonie mondiale par la guerre. Mais à l’échelle de la planète, nous n’en sommes pas du tout à la paix des cœurs. Cette paix-là, c’est le silence des armes. Des armes toujours plus nombreuses, toujours plus sophistiquées, toujours plus dangereuses. Observons au passage : ce que nous appelons la « mondialisation » est la fille de la paix mondiale. Les grandes puissances ont choisi d’accélérer leur développement économique en multipliant les échanges. Tout circule. L’incroyable répartition des chaînes de valeur d’une même entreprise sur tous les continents n’est possible que par la sécurité absolue des transports, des communications, des transactions juridiques et financières, garantie par la paix mondiale et par la confiance mutuelle solidement ancrée chez tous les acteurs.
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«L’Europe et les deux hirondelles», chronique pour l’Opinion 02/06/2019

 Alain Lamassoure

«L’Europe et les deux hirondelles».

« Cette mobilisation inusitée a vu une première dans les élections au Parlement de Strasbourg : l’apparition d’un “vote utile européen”. Certes, la tentation de se servir de ce scrutin pour juger le pouvoir national en place est demeurée forte. Mais elle a été souvent éclipsée par la volonté de choisir une Europe plus forte ou plus verte, plus juste ou moins bureaucratique ​»

Ne boudons pas notre plaisir. Ces élections européennes devaient être, comme toujours, et même plus encore, ennuyeuses, inutiles, boudées par les électeurs. Or, elles ont accouché de deux révolutions silencieuses. Deux hirondelles en mai ! Excusez du peu.

Première révolution ​: les deux grands partis politiques qui ont alterné au pouvoir depuis le début de la Ve République ont sombré pavillon bas. Dans l’insignifiance. En 2017, ils avaient pu mettre leur échec sur le compte d’un mauvais choix de candidats. En mai 2019, ils n’ont pas compris ce dont les électeurs se sont rendu compte : les grands défis du XXIe siècle doivent s’affronter au niveau européen. La barre est devenue beaucoup plus haute. Additionner le vieux catéchisme de droite et la xénophobie gauloise, ou la bien-pensance de gauche et le paléo-socialisme bio, c’était rendre des copies hors sujet. N’ayant rien appris de leurs défaites nationales d’hier, sauf à haïr tristement leur vainqueur, comment pouvaient-ils inspirer confiance pour l’avenir de l’Europe ? Car désormais, c’est au niveau européen que s’apprécie la crédibilité d’un parti national.
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“Pour un récit commun et une conscience européenne commune”, Collège des Bernadins 05/2019

Retour sur mon intervention devant le collège des Bernardins: “Pour un récit commun et une conscience européenne commune”.

Nous avons besoin de racines et d’un récit national. Mais en même temps, nous devons nous assurer de la manière dont nous racontons le passé consolide la réconciliation entre nos peuples.

Quand on regarde l’enseignement scolaire de l’histoire dans l’ensemble des pays européens, on se rend compte qu’il y a deux risques qu’il faut éviter:

1️⃣ Le risque de transformer l’histoire en roman national, voire propagande nationaliste. C’est le cas dans les pays à conflit gélé comme la Bosnie-Herzégovine où la reconciliation ne peut pas se faire tant que la communauté musulmane, orthodoxe, catholique apprendra des histoires différentes et en réalité conflictuelles.

2️⃣ Le second risque est que l’histoire ne soit plus enseignée comme un récit, qu’on ait scrupule à parler d’un passé qui a été un passé de guerres, d’atrocités, de de génocides mais aussi d’un passé glorieux. Qu’on ose plus parler des grands personnages de l’Histoire car si on les juge selon nos normes éthiques très ambitieuses d’aujourd’hui, il n’y aurait plus de héros. Or, il faut apprendre à remettre les personnages et les évènements dans leur contexte.

C’est pour cela que nous travaillons à la mise en place d’un observatoire de l’enseignement de l’Histoire pour faire en sorte que chacun enseigne bien dans son pays l’histoire dont chacun de nous a besoin mais qu’on apprenne à croiser les regards pour faire en sorte que ces 47 ou 50 récits nationaux soient compatibles entre eux même s’ils sont différents et que de ces récits nationaux différents jaillisse une conscience européenne commune.
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Europe, l’enfance d’un espace politique – Tribune dans L’Opinion

Alain Lamassoure

 

“Non, ce n’est pas le camp des abstentionnistes qui gagne à chaque élection européenne, c’est celui des frustrés. Et la frustration est croissante.

Pour la première fois, les préoccupations des Français – immigration, environnement, sécurité – concernent des domaines où une politique européenne commune est indispensable. C’est ce que ressent le bon sens populaire. Du coup, si tous les partis veulent changer l’Europe, le fait nouveau est que plus aucun ne veut la détruire. Fort bien. Mais l’Europe, comment ça
marche ? Qui décide ? Comment se fait-il que, une fois l’élection passée, les députés européens deviennent invisibles ? Si j’en suis mécontent, comment l’exprimer ?

Après neuf élections européennes, les Français n’ont toujours pas les réponses à ces questions. L’école enseigne peu la construction européenne – c’est un sujet de fin d’année dans les programmes. Quant aux grands médias télévisés nationaux, ils n’aident guère. TF1 a des correspondants permanents dans toutes les grandes capitales mondiales, mais pas à Bruxelles. Les excellents correspondants du service public sont traités par leurs rédactions comme les députés européens le sont par leurs partis : comme d’excellents spécialistes d’un domaine technique et ennuyeux – l’équivalent, pour la politique, de ce qu’est le curling par rapport au foot. Deux chaînes parlementaires couvrent à temps plein les travaux de l’Assemblée et du Sénat, mais aucun discours, aucun débat du Parlement de Strasbourg n’est retransmis sur une chaîne publique française. Quand des astronomes européens ont réalisé l’exploit scientifique historique de photographier le premier « trou noir », nos écrans ont relayé la conférence de presse donnée par la NASA, pour la plus grande gloire des USA. Enfin, mercredi dernier, le plus important débat de toute la campagne opposait les candidats des familles politiques européennes à la présidence de la Commission. Il n’a été diffusé chez nous que par la très confidentielle chaîne France Info TV. Pourquoi les téléspectateurs auraient-ils regardé ? Personne ne leur a expliqué que, depuis 2014, ce sont les citoyens qui, à travers le Parlement, élisent « Monsieur » ou « Madame Europe ». C’est le Parlement élu en 2014 qui a imposé Jean-Claude Juncker, candidat du parti vainqueur, dont leurs majestés du Conseil européen ne voulaient pas. Et c’est le programme de la majorité qui le soutenait que nous avons ensuite appliqué.

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Quels défis pour l’Europe ? Tribune dans La Croix

« L’Europe ne fait plus rêver » est le lamento favori des discours politiques, dont les auteurs précisent, avant ou après, qu’ils sont pourtant des « Européens convaincus ».

Pourquoi s’en étonner ? S’il y a eu un vrai rêve européen, c’était une folle utopie : la réconciliation entre nos peuples. Or, c’est fait. C’est un miracle, au sens le plus mystérieux et le plus religieux du mot. Pendant des siècles, nous nous sommes considérés comme entourés d’ennemis héréditaires, tous nos penseurs ont écrit que la guerre était inhérente à la condition humaine, toutes les femmes ont eu à pleurer la mort du mari ou d’un fils.

Et aujourd’hui, la guerre est devenue inimaginable. Pire : ringardisée. Oui, c’est un miracle, fruit du projet européen : soixante-dix ans à bâtir ensemble un espace de paix et de liberté, sans précédent et sans équivalent dans le monde.

Or, voilà reparaître le visage hideux de la haine. Non plus entre nos pays, mais à l’intérieur de chacun d’eux. Dans cette Europe de Nations unies, toutes semblent frappées d’un même mal être existentiel. Il n’y a pas que l’Italie, la Pologne et la Hongrie. Des partis extrémistes sont au pouvoir dans sept des vingt-sept pays. Et en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, comme en France, l’unité profonde de la communauté nationale est soumise à rude épreuve. Et tous de gémir : « l’Europe est malade » !
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«Europe: le soleil se lève aussi à l’Est», chronique pour l’Opinion

Alain Lamassoure

Alain Lamassoure
© Sipa Press

« Le 8 mai, nous allons célébrer la fin de la dernière guerre, et le lendemain la fête de l’Europe. A l’ouest. A l’est, c’est un jour de deuil. Pour tous les pays “libérés” par l’Armée Rouge, l’armistice signé le 9 mai a signifié le remplacement du totalitarisme nazi par le totalitarisme soviétique. Et l’incompréhension commence ​»

Oui, il y a un malaise propre à nos partenaires de l’est européen, et nous en portons une part de responsabilité. Nous n’avons jamais fait l’effort de les comprendre.

Le 8 mai, nous allons célébrer la fin de la dernière guerre, et le lendemain la fête de l’Europe. A l’ouest. A l’est, c’est un jour de deuil. Pour tous les pays « libérés » par l’Armée Rouge, l’armistice a été signé le 9 mai, mais il a signifié le remplacement du totalitarisme nazi par le totalitarisme soviétique. Et l’incompréhension commence.

Prenons la Pologne. En 1939, l’armée française est restée frileusement derrière la ligne Maginot pendant que la Wehrmacht détruisait la Pologne. Cinq ans plus tard, le pays avait perdu 6 millions et demi d’habitants, dix fois les pertes françaises ! En 1981, quand un coup d’Etat militaire a mis fin à la première expérience de Solidarnosc, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré : « Naturellement, nous ne ferons rien  ». Personne ne s’en souvient à Paris, mais nul ne l’a oublié à Varsovie. Derrière Walesa et Jean-Paul II, ils se sont libérés tout seuls du communisme. Nous les avons fait attendre quinze ans avant de les admettre dans l’Union, et pourtant aujourd’hui encore une majorité de Français considèrent que cette adhésion était précipitée : ils étaient trop pauvres, ils n’avaient pas de tradition démocratique – et pour cause ! Bref, nous leur reprochons les conséquences des malheurs dans lesquels nous les avions abandonnés.
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BILAN ET AVENIR DU PARLEMENT EUROPEEN

BILAN ET AVENIR DU PARLEMENT EUROPEEN

Il aura fallu trente ans pour que le Parlement européen mérite son nom. Elu pour la première fois au suffrage universel en 1979, il n’avait à l’époque qu’un pouvoir de décision limité à une partie du seul domaine budgétaire. Traité après traité, au prix d’une lutte constante contre les gouvernements et d’une alliance sans faille avec la Commission, il a acquis le pouvoir de légiférer dans quasiment tous les domaines de compétence de l’Union (co-décision), et c’est lui qui élit désormais le président de la Commission, c’est-à-dire de l’exécutif communautaire. Ce faisant, le Parlement a été un moteur permanent et puissant de l’intégration européenne et de la réduction du trop fameux « déficit démocratique » de l’Europe.

         Ce résultat a-t-il comblé ses vœux ou épuisé sa combativité ? Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, en 2009, le Parlement a mis un point d’honneur à être une machine législative irréprochable : à la surprise générale, 80% des textes législatifs sont adoptés après une seule lecture, et les délais de procédure excessifs liés à une division interne à la coalition majoritaire se comptent sur les doigts de la main.

Et pourtant, le combat pour aboutir à un vrai régime parlementaire n’est pas achevé. Mentionnons trois points.
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Conférence-débat : “Regards vers l’avenir, vers quel monde allons-nous ?”

A l’invitation de l’abbé François Esponde, j’ai eu le plaisir d’intervenir à Cambo-les-Bains le 8 août dernier à l’occasion d’une conférence portant sur l’avenir de l’Europe et du monde en présence du cardinal Roger Etchegaray.

Mon intervention à cette occasion est disponible sur le site de la radio locale Lapurdi.

 

LE REPLAY

 

 

 

 

Débat dans l’émission “Tout est politique” (Franceinfo)

 

A l’occasion du Conseil européen se tenant les 28 et 29 juin, je fus hier soir l’invité de Jean-François Achilli pour l’émission Tout est politique diffusée en direct sur Franceinfo et FranceinfoTV.

Enjeux de ce sommet, politique migratoire européenne, réforme constitutionnelle : j’ai le plaisir de vous informer que le replay est désormais en ligne.

“Tout est politique” (28/06)

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