Europe : ouvrons la chasse aux fantômes ! (Tribune dans Le Point)

Tribune publiée dans Le Point (16 mai 2018), à retrouver à cette adresse.

“C’est entendu : l’Europe ne fait plus rêver. Mais laquelle de nos démocraties peut se vanter de faire rêver ses propres citoyens ? Laquelle a même un vrai projet national ? Les campagnes électorales récentes l’ont montré : les partis français se sont départagés sur la manière de ne plus différer les réformes d’hier, les partis allemands sur la manière de poursuivre la politique précédente ; les partis italiens se sont livrés à un concours d’imagination pour dépenser des fortunes imaginaires. Le projet de Trump est de ramener les États-Unis à leur grandeur de la guerre froide, les brexiters imaginent l’Angleterre revenue au temps de la reine Victoria, tandis que la référence de Victor Orban est la Hongrie de la reine Sissi. L’avenir n’est écrit nulle part. Le passé est chanté partout.

Cette nostalgie collective ne serait pas préoccupante s’il ne s’agissait pas d’un passé recomposé, largement fantasmé. Comme si nos peuples ne pouvaient se guérir des utopies futuristes mortifères du siècle dernier qu’en se réinventant le passé de leurs rêves. Or, se mentir sur son passé, c’est se tromper sur son présent et s’interdire de bâtir son avenir : la règle vaut pour un peuple comme pour un individu.

Tant qu’à regarder en arrière, osons l’introspection. Affrontons ces vieux fantômes qui hantent encore nos consciences collectives et qui faussent insidieusement nos jugements. Chaque nation a les siens. Étendons quelques patients sur le divan du bon docteur Freud.

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CE QU’ON N’A PAS DIT DE MAI 68

CE QU’ON N’A PAS DIT DE MAI 68

Mai 68 ? Une fronde étudiante, que tout le monde s’est plu à prendre pour une révolution : ça valorisait ses acteurs, ses contempteurs et même ses spectateurs. Un mois de liberté débridée, de violences nocturnes, d’anarchie joyeuse et d’espoirs fous pour les uns, de peur bleue pour les autres, d’incompréhension totale pour la plupart. Etrange révolte, récupérée d’abord par les organisations syndicales, puis dissoute, avec l’Assemblée, dans les urnes démocratiques. Un tremblement de terre politique, qui n’a fait miraculeusement aucune victime, qui a failli emporter l’Etat, mais dont n’a émergé aucun nouveau leader politique, et dont l’effet le plus immédiat a été de renforcer la majorité au pouvoir : la jeunesse parisienne était autant en décalage avec la province qu’avec la génération précédente, et aucun parti organisé n’était en mesure de capitaliser sur le mécontentement des lanceurs de pavés. Opposants au régime, des hommes aussi fins et chevronnés que François Mitterrand et Pierre Mendès-France n’ont rien compris au film, et l’un des plus brillants espoirs de la jeune génération gaulliste, Edgar Pisani, y a compromis son avenir politique.

Qu’en retenir, qu’on ne dit guère ?

1 – La fin du régime gaulliste autoritaire.  

De même que les communistes veillent à ce que les périodes les plus contestables de leur complicité avec le système soviétique soient passées sous silence, ceux qui se veulent héritiers du gaullisme – leur nombre n’a cessé de s’accroître – oublient facilement que le règne du Général ne fut pas sans ombres. François Mitterrand le qualifia de « coup d’Etat permanent » et un important compagnon déçu de « dictature tempérée d’anarchie ». Sans aller jusqu’à ces jugements polémiques, le recul d’un demi-siècle fait voir la démocratie gaullienne comme un régime, disons autoritaire soft. Revenu au pouvoir à la faveur d’une insurrection militaire, de Gaulle a dû en prévenir d’autres, pour mener la guerre d’Algérie jusqu’à sa conclusion aussi inéluctable que douloureuse. De cette paix tardive et amère, il n’a pas su gérer les lendemains. Et dans la continuité de cette période de guerre inavouée et de complots renouvelés, le régime a justifié sans complexe le contrôle rigoureux de la seule chaîne de télévision alors disponible, et il a laissé prospérer des organisations para-policières en marge de la légalité. La province était « tenue » par les préfets, dont on attendait qu’ils « fassent les élections », et, dans chaque département, les RG (« Renseignements généraux ») faisaient fonction de police politique. Non, certes, pour réprimer, mais pour donner au pouvoir toutes informations sur la vie publique et privée de ses soutiens comme de ses opposants locaux : les coffre-fort des préfectures détenaient de puissants instruments de chantage au profit des dirigeants du moment.
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Sur le terrain / Déplacement à Pantin et Bobigny

Je me suis rendu en avril 2018 dans les villes de Pantin et de Bobigny (93) pour échanger avec les responsables de la Maison de la Culture de Bobigny, du MédiaLab aux Magasins Généraux et de l’espace culturel Canal93 au sujet de l’innovation économique, sociale et culturelle en Seine-Saint-Denis en lien avec les dynamiques européennes.

Retrouvez le compte-rendu de ma visite en vidéo.

« La taxation des Gafa à 3 % est un impôt western spaghetti » (La Croix)

Interview parue dans le journal La Croix du lundi 30 avril 2018.

Réunis à Sofia, samedi 28 avril, les ministres des finances européens se sont montrés divisés sur le projet de taxation des géants du numérique porté par la Commission européenne et la France.

Alors que la France fait de cette réforme un objectif prioritaire, l’eurodéputé Alain Lamassoure estime qu’il s’agit d’un projet peu ambitieux.

La Croix  : Vous êtes opposé au projet de la Commission européenne d’instaurer une taxe transitoire de 3 % sur les ventes des géants du numérique. Pourquoi ?

Alain Lamassoure : Je n’en vois pas l’intérêt. C’est un projet mal pensé, aux ambitions limitées. La Commission européenne estime le montant de la somme qu’elle pourra récupérer, pour l’ensemble des 27 pays de l’UE, à moins de 5 milliards d’euros. C’est très faible. En outre, il s’agit d’un impôt indirect, sur tout ou partie de l’activité des grandes entreprises du numérique. Mais ce n’est pas elles qui le payeront : en position de force sur leurs marchés respectifs, ces sociétés n’auront aucun mal à faire payer leurs clients.

Que proposez-vous d’autre ?

A. L. : Il existe un projet majeur d’harmonisation fiscale à l’échelle de l’Union européen, à l’étude depuis 18 mois. Cette directive, appelée Accis (pour « Assiette commune consolidée d’impôts sur les sociétés »), permet d’assurer une concurrence égale et justice fiscale entre pays et entreprises, tout secteur confondu. C’est ce texte – dont le principe a déjà été adopté par la Commission et le Parlement – qu’il faut pousser, et non le projet qui agite le gouvernement français.
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« Gafa: veut-on taxer les multinationales ou leurs clients ? » (L’Opinion)

Tribune publiée dans le journal L’Opinion le 15 avril 2018.

“La cause est entendue. Au sein de la famille européenne, il n’est plus question de laisser certains membres voler la richesse fiscale de leurs voisins : ceux-ci ne l’acceptent plus. Il n’est plus question non plus d’attirer des multinationales américaines ou chinoises en les exonérant d’impôts : les propres contribuables des pays concernés se révolteront. Le scandale Luxleaks est passé par là.

La cause est entendue. Ce n’est pas parce que la technologie leur permet de s’affranchir des frontières que les multinationales du numérique ont un droit acquis à se localiser fiscalement n’importe où. Elles doivent payer des impôts partout où elles ont des activités, proportionnellement à celles-ci.

La cause est entendue. Au-delà des géants de la Silicon Valley, le même principe de l’imposition dans tous les lieux d’activité doit s’appliquer à tous les groupes dont la richesse dépend de la valorisation de l’immatériel : brevets, droits d’auteur, droits d’usage de la marque, redevances de franchise, etc. C’est le cœur de l’économie du XXIe siècle.

La cause est entendue pour les citoyens contribuables. Le moment est venu d’en convaincre les dirigeants qu’ils se donnent.

Poignée de dollars. Au sein de l’Union européenne, une proposition concrète est sur la table : un système commun d’imposition des entreprises pour toute l’Europe. La recommandation adoptée le 15 mars par le Parlement européen à une majorité écrasante traite l’ensemble du problème : harmonisation de la définition du bénéfice imposable ; critère de répartition géographique du bénéfice ; définition de l’activité numérique, de manière à localiser les entreprises qui se veulent virtuelles. La décision revient maintenant aux ministres des finances.

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Article du Point : “Dumping fiscal : comment les technocrates détricotent les projets européens”

Dumping fiscal : comment les technocrates détricotent les projets européens

Alors que Paris et Berlin travaillent à l’harmonisation de l’impôt sur les sociétés, dans les faits, à Bruxelles, leurs administrations sapent leur volonté.

Par Emmanuel Berretta

Publié le 28/03/2018 à 12:07 | Le Point.fr

Depuis 18 mois, c’est dans le secret du « groupe de travail » du conseil Ecofin que les représentants des administrations fiscales européennes travaillent à l’harmonisation de l’assiette de l’impôt sur les sociétés. « Ils y travaillent peu et mal », s’insurge l’eurodéputé Alain Lamassoure (groupe PEE, droite européenne), qui dénonce un travail de sape mené par des fonctionnaires consistant à vider de toute substance la première proposition de directive ACIS (assiette commune de l’impôt sur les sociétés) émanant de la Commission.

À ce stade, les ministres des Finances qui siègent au conseil Ecofin ne se sont toujours pas emparés du sujet. Ce sont donc des représentants des administrations fiscales qui débroussaillent le terrain dans ce « groupe de travail ». Or, les dires d’Alain Lamassoure ont été confirmés par le commissaire Moscovici (en charge de la fiscalité) qui dispose des mêmes informations…

Lamassoure : « Dans ce texte, il n’y a plus rien ! »

Que se passe-t-il dans les faits au sein de ce groupe de travail ? La France et l’Allemagne ont pris les choses en main pour établir une position commune et tenter d’avancer. Des représentants des États membres d’un deuxième groupe n’ont pas reçu de consigne de leur gouvernement et ont donc laissé faire. Enfin, un troisième groupe, celui des pays hostiles à toute législation européenne en la matière, a décidé de ne pas intervenir pendant un an en laissant venir le couple franco-allemand.
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[AUDIO] Café Europe de France Inter sur la fiscalité : le Parlement européen recommande une harmonisation de l’impôt sur les sociétés

Par Stéphane Le Neuf:

Cette semaine la Commission européenne a lancé son offensive fiscale contre les géants du numérique. Parallèlement les députés européens viennent de voter un rapport où ils souhaitent une harmonisation de l’impôt sur les sociétés. Rappelons d’abord que la Commission propose une taxe de 3% sur les revenus tirés de l’exploitation des données des utilisateurs. Cette taxe ne ciblerait que les entreprises affichant plus de 750 millions d’euros de chiffres d’affaires.

Les députés européens critiquent ouvertement les  propositions de la Commission. Le rapporteur du texte Alain Lamassoure considère que cette mesure intérimaire n’aurait qu’une porté limitée et un effet contre-productif. Son projet, voté par le Parlement, propose plutôt d’harmoniser l’impôt sur les sociétés.

Le lien de l’intervention: https://www.franceinter.fr/emissions/cafe-europe/cafe-europe-24-mars-2018

 

 

Vent de critiques sur le projet de taxation du numérique – Electron Libre

Par Isabelle Szczepanski

Extraits d’un article paru sur ElectronLibre le 20 mars 2018

Avant même sa publication, le projet de Pierre Moscovici pour taxer le numérique fait déjà l’objet de nombre de critiques, et ce même de la part de ceux qui se battent depuis des années pour une juste taxation du numérique. L’OCDE a d’ores et déjà émis des réserves sur le procédé utilisé. De nombreuses entreprises européennes grincent déjà des dents, estimant que la proposition est loin de concerner les seuls GAFAs et pourrait les entraver dans leur développement ! Au Parlement européen, Alain Lamassoure craint que l’adoption d’une telle mesure – qui reste hypothétique – prenne des mois et retarde les discussions sur le sujet plus fondamental de l’assiette de l’impôt sur les sociétés, en cours d’examen.

La proposition de taxation du numérique par la voie d’une taxe – temporaire – sur le chiffre d’affaires sera présentée demain. On en connait déjà les grands traits qui ont fait l’objet de nombreuses fuites dans la presse. Fruit, à la base, d’une idée d’Emmanuel Macron, c’est le commissaire Pierre Moscovici qui a repris le dossier au niveau européen, afin de préciser ses modalités, et de convaincre les autres Etats membres que c’est la voie à suivre. Il aurait déjà convaincu une dizaine d’Etats membres. Mais le projet dont l’encre n’est pas encore sèche est en train de soulever un vent de contrariété.
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