Conférence “Le chrétien au service du bien commun ?”, mardi 28 août 2012 à Espelette



  • Le chrétien au service du bien commun ?



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    Article publié dans

    La Semaine du Pays basque, le 31/08/2012



Dans l’église d’Espelette ce 28 août, une foule d’auditeurs est venue pour écouter le cardinal R Etchegaray, Michel Camdessus, ancien directeur du FMI, Alain Lamassoure, député européen et le Père jésuite Pierre de Charentenay sur le sens chrétien du bien commun.






Le maire Gracie Florence a prononcé un mot de bienvenue, puis ce fut au tour de Mgr Marc Aillet, évêque du diocèse de Bayonne, d’accueillir les participants en déclarant :

“je me réjouis du débat favorisé par cette rencontre autour de la question du bien commun. Il permet aux chrétiens en général et à l’église de faire entendre leur voix dans un esprit de dialogue fraternel, de discernement et de témoignage courageux rendu à la vérité”.

Avant de lancer les discussions, Michel Etcheverry a entonné Agur jaunak devant une assemblée debout qui a repris le chant à l’unisson.


Après quelques mots introductifs sur la doctrine du bien commun, Le député européen Alain Lamassoure a ouvert le débat :

“La figure prophétique de jean Monnet et du chancelier Adenauer, de Schuman et de beaucoup d’autres précurseurs ont indiqué la voie européenne, la France et l’Allemagne demeurent des alliés inaliénables de ce futur en commun, toujours plus d’Europe, dans les programmes de budgets équitablement répartis, le devoir de représentativité d’une autorité européenne librement votée par tous les citoyens de l’Union, seront des étapes encore à venir d’une telle ambition dira Alain Lamassoure. A ce jour on célèbre près d’un million de mariages mixtes il en faudrait dix fois plus pour réaliser l’europe au coeur de la famille dans les états de l’Union des 27 ”




Puis le tour du père de Charentenay est venu. Il a abordé le sujet en définissant l’origine du bien commun.

“C’est un fondement collectif acquis et reconnu par chacun de biens différents des biens marchands qui s’est terriblement individualisé au fil du temps. Depuis ces deux siècles passés par une approche citoyenne du bien propre de chacun cette adhésion s’est affaiblie et la force même et collective du bien commun communément considéré comme d’ancien régime a été supplantée par une conception de droits au regret de devoirs partagés. Le père jésuite plaide pour une reconnaissance de l’Etat en devoir de réguler l’usage atomisé de ce bien commun sans perdre le bénéfice précédent de cette adhésion du bien commun conscient des écueils possibles d’un individualisme social désagrégé en des intérêts particuliers ou des réseaux sectoriels repliés sur leurs seuls intérêts. Toute ambition ou contruction d’ambition nationale ou supra nationale doit réviser ce risque d’enfermement possible. Le travail, les questions environnementales, l’avenir européen sont de ce point de vue des défis nouveaux et ouverts du bien commun !”


Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI a fait une lecture plus planétaire du sujet.


“Guidés par l’étoile polaire du monde, cette boussole qui vous remet en position doit nous apprendre à frais nouveaux à réviser les idéaux du quotidien, dans un monde un, uni et unifié, pour gérer la Terre, comme un bien commun pour tous sans exception. L’eau, la faim de populations du monde, la santé, l’état de l’environnement appellent de la part des pays riches une attitude de gratuité incontournable pour sortir les plus pauvres de leur condition d’infortune. Changer nos habitudes de consommer démesurément, de gaspiller sans retenue, avoir le courage de réformer les lois de la gouvernance du monde, s’appuyer sur la doctrine sociale de l’église, aucune autre dira Michel Camdessus ne propose rien de mieux. Des défis comme la dignité de la personne humaine, la qualité de l’environnement, la famille,la démocratie participative des citoyens,le soutien économique et le partage, le respect de la propriété personnelle, l’option préférentielle pour les pauvres, le soutien aux organisations nationales, sont parmi les enjeux présents du bien commun pour le chrétien d’aujourd’hui.”


Le Cardinal Etchegaray a abordé les situations internationales des lieux de l’urgence humanitaire où l’homme est le plus menacé en son humanité : “

La mondialisation avance comme un bateau qui hésite sur son parcours. L’humain est plus difficile à changer que les limites des frontières des états.” Il n’a pas omis de citer le prosateur Paul Valéry : “l’homme qui vit seul est en mauvaise compagnie”.



Il a aussi évoqué la souffrance des peuples aborigènes de par le monde, ces violences admises contre ces paysans sans terre d’Amérique du sud, le pouvoir des impérialismes asiatiques sur leurs populations, cette Afrique où seuls 10 % des autochtones ont des titres de propriété, ces zones explosives de la Palestine, de la Corée, 15 murs érigés aujourd’hui dans le monde. Il conclut encore en regardant l’autre Europe, celle des Balkans où il va se rendre en septembre, en attente de faire leur entrée dans la maison commune européenne, et égrène ces capitales régionales quasi oubliées : Bosnie, Kosovo, Serbie, Albanie, Montenegro, Macédoine, Bosnie Herzégovine, Sarajevo


Un mot final à l’adresse de l’Eglise , ni meilleure ni pire que le reste du monde. Selon le Cardinal

“elle doit garder son regard réglé sur une autre distance, et ne jamais abandonner l’horizon du monde.”


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