L’expérience basque


En cette année 2003 une innovation majeure a été introduite dans la Constitution française : le droit à l’expérimentation. Désormais, une collectivité territoriale pourra innover, et exercer des compétences qui ne seraient pas systématiquement accordées aux collectivités homologues. Or, voilà dix ans que le Pays basque expérimente sans que … la constitution le sache ! Par une démarche très inhabituelle en France, qui a été lancée par quelques hommes mais qui engage aujourd’hui toute la société basque. L’idée première est revenue à un Sous-Préfet de Bayonne, Christian Sapède. Constatant que les principaux acteurs de la vie politique, économique et culturelle avaient du mal à se rencontrer et à se parler, il a proposé que chacun se rassemble autour d’un projet commun : notre vision du Pays Basque en 2010. Les meilleurs esprits de la DATAR ont été mobilisés pour nous enseigner la démarche prospective. Et une sorte de miracle tranquille s’est produit. Elus, chefs d’entreprise, universitaires, militants culturels, abertzale se sont parlés, ont échangé, ont réalisé qu’ils avaient la même ambition pour leur région. Et se sont mis à y travailler ensemble.


Dix ans plus tard, le Pays basque est devenu la partie la plus dynamique de la région Aquitaine. Des institutions, des procédures, des méthodes de travail originales y ont été mises en place : Conseil de développement et Conseil des élus, Institut Culturel, Conseil de la langue, instance de concertation agricole, Agence transfrontalière, convention spécifique passée avec l’Etat, la Région et le Conseil général. Le tout, créé avec une remarquable économie de moyens : il s’agit plus d’une mise en réseau que de la multiplication de bureaucraties spécifiques.


A l’heure où la grande réforme décentralisatrice offre de nouvelles perspectives aux régions telles que la nôtre, il est particulièrement intéressant d’analyser les enseignements de ces dix ans d’expérience basque. Comme on relit le chapitre qui se clos pour ouvrir le suivant avec plus de gourmandise.


Alain Lamassoure, le 24 avril 2003.